Entre la vie, la mort, le jeu vidéo et le cinéma : Beyond - Two Souls
Ce n'est pas un hasard si la jaquette du jeu s'apparente à l'affiche d'un film, avec les noms des acteurs, etc.
Jeu développé par Quantic Dream (studio français), sorti en otobre 2013 sur Playstation 3.
C'est un fait, comparée à sa concurrente directe, la XBox 360, la console de Sony comporte une ludothèque composée d'un grand nombre d'exclusivités incroyables dont les plus connues (God of War, Uncharted, Heavy Rain, The Last of Us) ont été un véritable succès critique et commercial. La PS4 est sortie désormais, mais ce n'est pas pour autant que la PS3 ainsi que sa ludothèque meurent, au contraire, les derniers jeux exclusifs sortis ont tendance à exploiter au maximum toutes les capacités du hardware, exactement comme la PS2 lors de ses dernières années. Déjà auteurs du très bon Heavy Rain, un polar noir interactif proposant d'incarner parallèlement quatre personnages au cours d'un périple qui pourra déboucher sur plusieurs fins, le studio français Quantic Dream sort en cette fin d'année ce qui va sûrement être leur dernier jeu PS3, à savoir Beyond : Two Souls.

Avant de commencer l'aventure, vous pourrez choisir parmi la VF et la VOST, le mode solo ou le mode duo, ainsi que l'appareil (manette dualshock 3 ou même votre smartphone muni de l'application correspondant au jeu) avec lequel vous incarnerez vos héros.
Un scénario en béton armé bourré de choix et d'interactions, mais finalement imperturbable
Dans la lignée d'Heavy Rain, Beyond : Two Souls se présente à nous sous la forme d'un film interactif, jouable à deux cette fois (j'y reviendrai plus loin), racontant l'histoire d'une jeune femme aux pouvoirs étranges, dûs à une "entité" spectrale liée mystérieusement à elle. Enfant, adolescente, jeune adulte, tout au long de sa vie Jodie Holmes va successivement subir les rôles d' orpheline malheureuse, de rat de laboratoire, de pantin de la C.I.A., de fugitive et même de sans abri. La chronologie du scénario ne sera pas parcourue de manière linéaire : le "spectacteur" enchaînera les chapitres du jeu sous forme de flashback et de flashforward, ce qui peut sembler ambitieux mais c'est parfaitement bien ficelé. Perdu au départ, j'ai vite pris mes repères, réagissant de plus belle aux diverses et marquantes révélations qui apparaîtront au fil de l'aventure ! [Ne pas trop en dire, ne pas trop en dire !!!] Le jeu propose donc une ribambelle de "choix" tels que choisir le ton de la conversation, décider si Aiden, le fantôme qui accompagne Jodie, va déchaîner ses pouvoirs sur l'environnement de jeu, déterminer telles questions poser lors d'un interrogatoire... Cela implique le joueur et lui donne l'illusion d'écrire sa propre histoire. Oui, l'illusion malheureusement.
Les débuts dans la vie de Jodie ne seront pas très heureux pour elle. Insomnie, monstres, paranoïa, colères d'Aiden, tout est là pour faire de Jodie une gamine perturbée.
Seulement voilà, qui dit film interactif dit plusieurs possibilités de déroulement des évènements, et par conséquent plusieurs fins. Si le concept fonctionnait de manière satisfaisante dans Heavy Rain, ici, les résultats ne sont pas vraiment là... Effectivement, comment le jeu pourrait appliquer les conséquences des choix du joueur si le déroulement de la trame narrative est tout mélangé, passé, présent et futur confondus ? Cependant, malgré cette rigidité du scénario (qui comporte pourtant des choix infuents surtout à la fin), il faut avouer que chaque séquence (toutes jouables séparément une fois débloquées) comporte divers embranchements, dialogues possibles, issues potentielles, sans pour autant avoir une influence majeure sur l'aboutissant du scénario. Ce qui est amusant et, point auquel je ne m'attendait pas, assure une certaine rejouabilité (du moins pour moi !).
Malheureusement le but de cet article n'est pas de vous spoiler toute l'émotion que peut vous procurer ce jeu, justement par ses personnages touchants et l'histoire si prenante qui mérite d'être découverte ! Je dois donc m'arrêter là en ce qui concerne le scénario !
Etudiée, testée, Jodie devra faire appel à Aiden durant les expériences du Dr Dawkins (une image paternelle intéressante dans le jeu) afin de leur mettre fin.
Des mécaniques de gameplay assistées, mais similaires à celles de l'empathie
Jouable en duo (une sorte de coopération), Beyond : Two Souls propose donc à deux joueurs d'incarner alternativement les deux héros (le bouton triangle permet de passer de l'un à l'autre). Jodie imposera un gameplay à la troisième personne, comportant les phases d'exploration, les combats (très réussis car dynamiques, au passage) et les fameux choix de dialogues entre autres (et surtout la majeure partie des interactivités avec les décors), tandis qu'Aiden s'incarnera à la première personne (on ne verra jamais son visage, c'est un esprit), donnant la possibilité de jouer les poltergeist avec les décors et donc d'aider Jodie à progresser ou ... de semer la zizanie selon ce que permettent les séquences. Seul frein à tous vos fantasmes de destruction et de sadisme : le cordon qui vous relie à Jodie. Ce dernier est visible aux yeux d'Aiden sous la forme d'une "corde" violette, vous indiquant au passage dans quelle direction vous avez laissé votre partenaire.
Le problème est que ces possibilités de gameplay sont largement bridées par une volonté de diriger le joueur constemment vers la continuité déjà écrite de l'histoire. Par exemple, vous ne pourrez presque jamais faire exprès de "ne pas réussir" un combat ou une conversation afin de tenter de changer la continuité de la séquence, ce sera rarement possible. J'ai quand même noté que, durant certaines phases d'exploration, notre personnage (Jodie dans la majeure partie des cas) avait la possibilité d'interagir avec de nombreux éléments facultatifs du décors, ou de trouver des chemins alternatifs intéressants au déroulement des évènements, sans toutefois changer leurs aboutissants. Un bon point quand même !
"Une fille comme les autres", une des séquences que j'ai aimé refaire plusieurs fois : deux manières de finir, pas mal d'interactions annexes à découvrir... et surtout, c'est une séquence vraiment drôle.
Le jeu à deux est passionnant. Il est tout de même possible d'y jouer tout seul, en se chargeant des deux rôles en même temps, mais sachez que l'aventure sera moins mémorable, en restant toutefois extrêmement prenante. Optez donc si possible pour une aventure en duo, car vous serez chacun tellement impliqué dans votre personnage (d'une part en contrôlant ses faits et gestes, d'autre part en effectuant certains choix) que vous finirez par penser comme lui. J'ai parcouru le jeu en coopération avec trois personnes différentes de mon entourage, et à chaque fois, l'empathie était de la partie. Le gameplay et le type de narration du jeu nous fait réagir et ressentir les situations exactement comme notre avatar à l'écran, c'est fascinant. Je pense au passage du garage où Jodie a une dizaine d'années, sa maman lui a demandé d'aller chercher de l'huile, et son imagination prend le dessus : rien que cette action dérisoire devient angoissante, les sons et l'obscurité ont été travaillé par les développeurs afin de donner vie au peurs de la jeune Jodie (le sèche-linge qui démarre brusquement etc), et on se prend à flipper comme ... une petite fille de dix ans qui a peur du noir. Magique.
La séquence de l'anniversaire est dure pour Jodie. Pour le/les joueur/s aussi.
Des graphismes à la pointe, une mise en scène merveilleuse bien qu'un poil hollywoodienne, et de véritables plans cinématographiques
Force est de constater que Beyond : Two Souls est une véritable baffe visuelle. Quelques soucis d'animation certes (assez rares en fait), mais ce n'est rien comparé au niveau de détail des corps et des visages surtout ! En effet le moteur du jeu est basé sur la technique de la "motion capture" : des acteurs (ici Ellen Page et Willem Dafoe pour Jodie Holmes et Nathan Dawkins) sont filmés et tous leurs mouvements et expressions faciales sont retransmis dans les décors virtuels du jeu. Certains environnements sont d'ailleurs plus marquants que d'autres, mais ils sont tous corrects, artistiquement et techniquement. C'est un travail remarquable, plus abouti que celui d'Heavy Rain (mais je ne parle que du travail de l'ambiance et des graphismes). En ce qui est de la mise en scène des environnements, je trouve dommage que les décors soient tant travaillés pour que le joueur se dirige inconsciemment vers le bon chemin : cela s'appelle l'affordance. L'affordance est la capacité d'un objet affiché à l'écran de signaler de lui même qu'il a à voir avec le gameplay du jeu. En l'occurence, éclairer une scène de manière à ce que tout le couloir soit sombre sauf l'endroit où vous devez vous rendre spécialement, c'en est. La raison pour laquelle je pointe du doigt cet aspect qui pourtant a demandé beaucoup de travail, c'est que cela détruit totalement toute expérience d'exploration : on sait tout de suite où l'on doit aller, sans surprise, et il sera donc rare que le jeu vous livre à vous-même dans des zones à explorer librement.
La bande son, imaginée par Hans Zimmer (Inception, Gladiator), est à la fois composée de sublimes mélodies, mais également un peu trop de clichés de blockbusters américains. J'ai été envoûté dès l'écran titre ainsi que durant certaines scènes vraiment bien fichues [pas de spoil pas de spoil], mais eu le poil un peu hérissé au contact de quelques musiques accompagnant l'action dans certaines scènes... Un avis mitigé de ma part donc, bien que je vénère ce compositeur autant que Danny Elfmann !! En ce qui concerne le doublage, prilivégiez la VO, car bien sûr vous retrouverez les voix originales des actrices et acteurs du film (pardon, du jeu), qui ont très bien remplis leur part du travail ! Mais si vous n'aimez pas lire les sous-titres ou si vous n'êtes pas bilingue, vous ne serez pas en reste avec une VF tout de même satisfaisante, sans trop de répliques dénuées de toute émotion.
Lorsque vous effectuez des choix, ou qu'une action est suspendue dans l'attente d'une réaction de votre part, le jeu change souvent d'angles de vue en attendant, trahissant une inspiration très poussée de l'univers du cinéma. Parfois, je me suis même demandé s'il fallait que j'agisse, ne sachant plus si j'étais en train d'assister à une cinématique ou à une séquence exigeant des actions de ma part. Cela est dû bien sûr à l'aspect "angle de vue cinématogrpahique" qui transpire de chaque scène du jeu, ajouté à un grain d'image et à un flou d'objectif simulé. Je suis même presque sûr qu'il est possible de mettre quelqu'un devant sans le prévenir qu'il s'agit d'un jeu et de lui faire croire à un film. A tester ! ^^ De plus, les commandes pour interagir s'affichent à l'écran de manière très discrète et épurée, presque de manière indétectable : une petite orbe blanche (une bille) apparaît devant chaque élément du jeu avec lequel vous avez la possibilité de réagir. Seulement, cette fameuse orbe est un peu trop discrète je trouve, parfois, j'ai attendu trente bonnes secondes avant de m'apercevoir qu'une orbe était là pour m'indiquer que je pouvais ouvrir une porte... Enfin bref, ça vient peut-être de moi !
Notre héroïne passera par toutes les difficultés les plus cruelles de la vie : la vie sous les ponts, mais aussi la guerre civile, des parents pas vraiment aimants... Difficile d'en dire plus sans spoiler =S
Beyond : Two Souls restera tout de même pour moi l'une des meilleures exclusivités sur PS3, un jeu à posséder absolument dans toute ludothèque se vantant de contenir les grands classiques PS3. Un jeu ? Pas vraiment. Un film ? Non plus. Une expérience pleine d'émotions, à travers un scénario qui parle de nombreux sujets en rapport avec la vie mais aussi et surtout la mort... Voilà ce que propose ce film interactif, tout au long d'une petite dizaine d'heures passionnantes.